Incendies

24 septembre 2010  /  Par Sonia Pépin  /

Un respectueux écho de cette œuvre dramatique au succès planétaire…

À travers son long métrage Incendies, le réalisateur Denis Villeneuve fait découvrir aux cinéphiles la poésie du dramaturge Wajdi Mouawad. La transposition, avec délicatesse et maestria, sur grand écran de cette pièce de théâtre est réussie. Villeneuve nous propose un voyage inoubliable au cœur du destin tragique de Nawal (Lubna Azabal), une femme d’exception, écrasée par le fanatisme religieux et par de douloureux secrets. Incendies a remporté le prix du meilleur film canadien au 35e Festival international de Toronto.

Nawal meurt subitement. À la lecture de son testament, ses jumeaux Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette) apprennent, avec stupéfaction, l’existence d’un frère aîné et d'un père inconnu toujours vivant. Pour respecter les dernières volontés de leur mère, ils sont chargés de remettre une lettre à chacun d'eux. Le notaire Lebel (Rémy Girard) les appuiera dans cette quête au lent déploiement. Tous se rendront au Moyen-Orient. Les jumeaux renoueront avec leurs origines et lèveront le voile sur le passé de leur mère, surnommée "la femme qui chante".

Cette réalisation incarne toute la beauté, la violence, l’amour, la tristesse et l’horreur de l’œuvre de Mouawad. Villeneuve nous présente une histoire poignante et complexe. La construction soignée de son récit aux ellipses harmonieuses, aux silences éloquents et aux regards révélateurs est amplement réussie. Sous nos yeux, il réduit les dialogues au minimum et laisse parler la magnifique photographie d’André Turpin. Ces images sobres et désarmantes marqueront les mémoires des cinéphiles pour longtemps. Le portrait de Nawal pleurant aux côtés d’un autobus en flammes au milieu du désert deviendra une scène d’anthologie.

Les mélodies troublantes de Radiohead, You And Whose Army? et Like Spinning Wheels, font bonne figure dans la trame sonore. Toutefois, Incendies n'est pas sans longueur. Et l'usage de si nombreux jurons était-il nécessaire?

L’actrice belge d’origine marocaine, Lubna Azabal, déploie son immense talent avec sensibilité. Sa performance magistrale est solidement appuyée par Mélissa Désormeaux-Poulin; la jeune et douée comédienne se livre corps et âme. Maxim Gaudette convainc moins. Le jeu de Rémy Girard reste sobre et crédible.

Incendies est incontestablement un coup de cœur !