The Artist

16 décembre 2011  /  Par Sonia Pépin  /

Vibrant hommage au cinéma américain des années 20…

Après ses deux pastiches humoristiques et irrévérencieux des romans d’espionnage OSS 117, Michel Hazanavicius célèbre dignement le septième art avec sa création The Artist. Présenté à la 64e édition du Festival de Cannes, le film d’avant la couleur, sans paroles ou presque, s’avère une séduisante comédie parsemée de drame. Seule la musique accompagne les cinéphiles dans cette œuvre poétique et burlesque. Déjà en lice dans six catégories pour la cérémonie des Golden Globes, le long métrage est en route vers les Oscars.

En 1927, George Valentin (Jean Dujardin) est la vedette la plus populaire d’Hollywoodland. À l’apogée de sa gloire, le séduisant acteur est presque toujours escorté de son exceptionnel chien terrier, ainsi que de son loyal chauffeur Clifton (James Cromwell). Confiant, orgueilleux, voire imbu de lui-même, l’artiste du muet est bien loin de se douter qu’il sera relégué aux oubliettes. Or, son heure de triomphe tire à sa fin. Puis un jour, son producteur, Al Zimmer (John Goodman), croit venu le temps de sauter à pieds joints dans l’ère du changement : le cinéma parlant. Au grand dam du créateur, Valentin refuse de balbutier; il sera vite largué par son studio, de même que par son épouse Doris (Penelope Ann Miller). Perdant tous ses avantages, le pauvre sombre : alcool, misère et solitude. Pendant ce temps, une ambitieuse figurante, Peppy Miller (Bérénice Bejo), fait fureur avec son grain de beauté, son charme et son sourire éblouissant.

Quelques clins d’œil aux classiques de la Metro-Goldwyn-Mayer, société de cinéma et de télévision, sont adressés. Mais ici, l’histoire est complètement intégrée dans la trame non verbale, portée par une musique d’ambiance captivante, signée Ludovic Bource. Le film repose sur divers éléments : décors soignés, images esthétiques, photographie magnifique, scénario intelligible, intertitres amusants et silences éloquents. Aussi, mise en scène méticuleuse, noir et blanc sublime, séquence de cauchemar sonore, émotions palpables et nombreux gags physiques touchent les spectateurs.

Récompensé du prix d’interprétation masculine à Cannes, le comédien Jean Dujardin livre une performance magistrale, voire prodigieuse, sans dire un seul mot pratiquement. Moustache en prime, il présente sa propre version de Clark Gable. Tantôt expressif et naturel, tantôt impérial et tragique, le comique transcende son jeu en rappelant celui du personnage principal de Citizen Kane, d’Orson Welles, soit Charles Foster Kane. Dès les premiers instants, la radieuse Bérénice Bejo illumine l’écran. À chacune de ses apparitions, sa grâce charme instantanément. Dans leurs rôles respectifs, John Goodman, James Cromwell et Penelope Ann Miller sont impeccables. Quant au chien, il forme un irrésistible duo avec Dujardin.

Véritable coup de cœur pour ce chef-d'œuvre, qui laisse muet d'admiration !