La Piel que Habito

20 décembre 2011  /  Par Sonia Pépin  /

Histoire déstabilisante empreinte de sensualité, d’humour noir et de mystère…


Deux ans après Étreintes brisées, le cinéaste Pedro Almodóvar revient avec un film troublant, La Piel que Habito (La peau que j'habite). S’inspirant librement du roman de Thierry Jonquet, Mygale, son récit fantastique rappelle étonnamment ces œuvres : Les yeux sans visage, de Georges Franju, Rebecca, d’Alfred Hitchcock, et Frankenstein, de Mary Shelley.

Un éminent chirurgien plasticien, Robert Ledgard (Antonio Banderas), cache de nombreux secrets. Obsédé par deux tragédies familiales, le ténébreux docteur mène clandestinement ses propres recherches sur la peau. Depuis que sa femme a subi de très graves brûlures, il se dévoue corps et âme à la création d’un épiderme synthétique et révolutionnaire. Dans son immense et somptueuse villa, ce savant fou procède à des expérimentations. Avec la complicité de sa fidèle gouvernante Marilia (Marisa Paredes), Ledgard poursuit ses essais cliniques sur un cobaye humain. Sans scrupule, le diabolique chercheur met en œuvre une ingénieuse, voire cruelle, vengeance. Ses actes de représailles l’amèneront entre autres à tenir en captivité Vera (Elena Anaya), une jolie patiente hybride, remodelée à coups de bistouri.

Avec une maestria incomparable, l’Espagnol explore ses thèmes fétiches : identité sexuelle, relation mère-fils, trahison et abus de pouvoir. À travers les manipulations médicales, les cinéphiles sont longtemps hantés par ce mélodrame de transsexualité. Complexe, imprévisible et fascinante, cette création aux situations grand-guignolesques dérange et surprend. Toutefois, plusieurs détails s’avèrent peu crédibles. Vingt-deux ans après le long métrage culte Attache-moi !, le brillant réalisateur retrouve l’acteur Antonio Banderas. Celui-ci est plus que parfait en énigmatique médecin, surtout lorsqu’il joue dans sa langue. Avec une performance émouvante, la comédienne Elena Anaya, tout au long vêtue d’un justaucorps couleur chair, est une révélation. La gouvernante acariâtre est campée à merveille par Marisa Paredes.

Assurément, l’univers tourmenté d’Almodóvar sort des sentiers battus !